Une succession dans la continuité

Lorsque Marie-Noëlle inscrit l’un de ses enfants au tir à l’arc, après son arrivée dans la région il y a dix-sept ans, elle ne songe pas à prendre un jour la responsabilité de la section. Invitée à rejoindre le bureau, elle tente l’expérience, découvre la discipline et prend goût aux concours. Hervé Hamon lui apprend à tirer. Après dix-neuf années à la tête de la section, Hervé Hamon démissionne dans des circonstances que Marie-Noëlle qualifie d’imprévues. L’équipe lui confie alors la responsabilité de la section.
« Je voulais à mon tour m’investir dans ce club qui m’a tellement apporté autant côté humain que sportif. »
Marie-Noëlle reconnaît ne pas être encore tout à fait à l’aise dans cette fonction. Elle s’y engage pourtant avec enthousiasme, portée par le soutien de l’équipe. Sabrina, elle, est arrivée par une autre porte. Installée au Croisic avec son mari depuis octobre 2022, elle développe en mars 2024 un cancer des tissus mous. Les douleurs qui perturbent ses nuits l’amènent à découvrir sur Internet Le Croisic Sport Actu, puis la section. Elle propose le tir à l’arc à son mari, qui cherche une activité, et l’accompagne.
« Nous avons été très vite accueillis et acceptés », se souvient-elle. Sollicitée pour rejoindre le bureau, elle devient secrétaire il y a un peu plus d’un an. Depuis, elle anime les réseaux sociaux de la section. Au pas de tir, elle conseille également les archers sur leur position et leur geste.
Le tir à l’arc au Croisic face au défi de la visibilité
La section a été fondée il y a quarante-quatre ans par Lucien Lucas. Hervé Hamon en avait pris la direction après le départ de son prédécesseur. Près de l’Océarium, son ancien terrain était visible de tous : l’effectif était monté jusqu’à une quarantaine d’adhérents. Au chemin Turbalo, les archers ont gagné un cadre de verdure, entre océan et oiseaux. Ils ont perdu cette vitrine quotidienne.
La section comptait 24 archers en 2025-2026 : 14 hommes, dont deux à mobilité réduite, sept femmes, un adolescent et deux jeunes femmes de 16 et 17 ans. Les âges vont de 10 ans à plus de 80 ans.
Malgré des départs liés à la santé ou aux études, de nouvelles inscriptions devraient maintenir un effectif voisin. Pour attirer d’autres pratiquants, les responsables s’appuient sur le bouche-à-oreille et sur les découvertes proposées aux enfants des centres de loisirs du Croisic et de Batz-sur-Mer. Elles souhaitent aussi montrer davantage la vie de la section sur Facebook et Instagram, ainsi que dans Presse Océan et Ouest-France. Photos, vidéos et résultats doivent aider de nouveaux archers à trouver le chemin du terrain.

Du premier tir à la compétition
Sur la ligne de tir, tous commencent à dix mètres avec un arc d’initiation. Avant la première flèche viennent les règles de sécurité, puis la tenue de l’arc, la visée et la posture. Un archer expérimenté reste près du débutant, observe, explique et corrige, jusqu’à ce que celui-ci apprenne à ajuster son geste. Par la suite, la section lui prête un arc classique, avec ou sans viseur en fonction de son aisance. La puissance peut être adaptée à tout moment.
La distance augmente par étapes : 12, 15, 18, 20, 25, 30 puis 40 mètres, avec des blasons de 60 cm jusqu’à 25 mètres et de 80 cm au-delà. Au fil des séances, chacun avance à son rythme. Ni la force ni la stature ne font la différence, insistent les responsables : la concentration, la précision et la patience guident la progression.
« C’est le côté le plus difficile de ce sport : répéter toujours exactement le même geste. »
Les conseils portent notamment sur le lâcher, la façon de placer la main sur la corde puis de la libérer. Certains pratiquent pour le loisir et avancent à leur rythme. Pour les volontaires attirés par la compétition, les entraînements préparent aussi à la distance imposée par chaque concours, en salle ou en extérieur.
Les archers expérimentés expliquent le déroulement des épreuves et rassurent les nouveaux venus. Le stress ne disparaît pas nécessairement avec l’expérience, rappellent Sabrina et Marie-Noëlle ; le plaisir de tirer reste leur priorité. Le mercredi, l’accueil est principalement tourné vers les enfants et les personnes en situation de handicap.


Le Béluga, les médailles et le plaisir de se retrouver
Marie-Noëlle explique que la section transmet les inscriptions et les certificats médicaux à l’UFOLEP 44, à laquelle elle est affiliée. Les archers participent chaque mois à des concours départementaux et prennent part aux épreuves nationales. Elle évoque les titres de champion national UFOLEP remportés par des archers de la section, ainsi que les médailles d’or, d’argent et de bronze obtenues aux concours départementaux et nationaux. Parmi ses souvenirs, sa victoire au National UFOLEP 2024 à Montoir-de-Bretagne et sa deuxième place en 2025 à Marves occupent une place particulière. Elle situe l’édition 2026 à Conty, dans la Somme.
À domicile, Le Béluga réunit depuis dix-huit ans des clubs de Loire-Atlantique et de Maine-et-Loire dans une rencontre amicale. La saison évoquée par les responsables passe des concours en salle aux épreuves en extérieur : un National en salle est annoncé en janvier, puis deux sélections les 21 mars et 4 avril.
Comment se qualifier au National UFOLEP ?
En Loire-Atlantique, un archer doit en principe participer à deux rencontres avant la première sélection, à au moins une des deux épreuves extérieures de sélection et à deux rencontres après la deuxième sélection de la saison précédente. Les résultats et les places disponibles entrent ensuite en jeu. Le règlement de l’UFOLEP 44 prévoit des exceptions.
D’autres formats ponctuent l’année : le tir campagne dans la nature, le semi-nocturne en salle avec son et lumières et le non-stop en relais.

Faire grandir la section sans perdre son esprit
« Sans bénévoles il n’y aurait pas de club », rappelle Sabrina. Elle voit dans l’aide spontanée des adhérents la preuve qu’ils ont trouvé leur place. Cette attention aux autres se joue dans les détails : prendre le temps d’écouter un débutant, de corriger un geste ou de rassurer un archer avant son premier concours.

Marie-Noëlle veut prolonger cette culture en multipliant les jeux collectifs et les rencontres sportives accessibles à tous. Sabrina travaille, elle, à rendre la section plus visible au-delà du chemin Turbalo. La prochaine saison mesurera leur capacité à fidéliser les archers et à en accueillir de nouveaux. Elles disposent déjà d’un point d’appui : des adhérents qui répondent présents et qui, à leur tour, donnent envie de revenir sur la ligne de tir.