Julien Bontemps, du podium olympique au laboratoire du foil

23 décembre 2025
Thierry BLANCHET
Julien Bontemps célèbre un titre mondial en planche à voile olympique

Vice-champion olympique à Pékin 2008, plusieurs fois champion du monde, Julien Bontemps a traversé deux révolutions de la planche à voile : celle de la glisse traditionnelle et celle, résolument moderne, du foil. Passé du statut d’athlète à celui d’entraîneur national, il pilote aujourd’hui le projet masculin français en iQFOiL, discipline olympique de la nouvelle génération. À ses côtés, son épouse Irina Konstantinova-Bontemps et leur fils Malo prolongent cette trajectoire dans une rare continuité familiale de très haut niveau.

Des premières glisses à l’élite mondiale

Né en 1979, Julien Bontemps s’impose très tôt comme l’un des grands talents de la planche à voile française. Travailleur acharné, doté d’une puissance physique rare et d’un sens tactique affûté, il construit un palmarès exceptionnel :
Champion du monde Mistral en 2004,
Champion du monde RS:X en 2005, 2012 et 2014,
Vainqueur de la Coupe du monde 2010.

L’apogée de cette carrière arrive aux Jeux Olympiques de Pékin 2008, où il décroche la médaille d’argent.

« À Pékin, tu joues toute ta vie sportive en quelques minutes. Quand tu passes la ligne, tu sais que plus rien ne sera jamais tout à fait pareil. »

Ce podium marque un sommet, mais aussi le point de départ d’une transformation profonde du sport.

Course en iQFOiL lors d’une compétition internationale de voile olympique

Quand la planche quitte l’eau : la révolution du foil

Au début des années 2010, les images des bateaux volant sur hydrofoils marquent un tournant décisif. Celui-ci devient spectaculaire lors de la Coupe de l’America 2013, disputée dans la baie de San Francisco, où les catamarans AC72 révèlent au grand public le potentiel du vol au-dessus de l’eau.

« Quand j’ai vu ça, j’ai compris que la planche à voile allait forcément suivre ce chemin-là. »

Cette intuition devient réalité lorsque le CIO et World Sailing actent un tournant historique : l’iQFOiL devient support olympique officiel à partir de Paris 2024, en remplacement du RS:X. La voile entre définitivement dans l’ère du vol.

L’iQFOiL, la planche olympique de la nouvelle génération

L’iQFOiL est une planche équipée d’un foil, une aile immergée qui permet au flotteur de s’élever au-dessus de l’eau, supprimant les frottements. Les vitesses explosent, la lecture de course change, le sport devient plus spectaculaire.

Les formats sont courts et intenses, pensés pour le spectacle et la lisibilité depuis la terre :
● sprints de 4 à 7 minutes,
● parcours techniques de 15 à 20 minutes,
● départs ultra-tactiques où tout se joue en quelques secondes,
parcours tracés très près de la plage, rapprochant l’action des spectateurs à terre.

Sur le plan physique, un paramètre devient central : le poids du rider, indispensable pour assurer le contrepoids du foil.

« En foil, si tu es trop léger, tu ne transformes pas la puissance en vitesse. Tu subis, tu ne maîtrises plus. »

Julien Bontemps et Charline Picon au sein du staff de l’équipe de France de voile olympique

Du champion à l’entraîneur : bâtir une méthode

Après sa carrière sportive, Julien Bontemps devient professeur d’EPS, puis intègre l’INSEP, où il développe une approche globale de la performance : technique, préparation physique, prévention des blessures et accompagnement mental.

En 2020, il accompagne Charline Picon dans sa préparation pour les Jeux de Tokyo. Cette mission agit comme un déclic.

« À ce moment-là, j’ai compris que je voulais transmettre dans la durée. »

Depuis, il encadre l’équipe de France masculine d’iQFOiL entre Marseille, Brest et Lanzarote, avec plus de 200 jours de déplacement par an.

« Ce métier, tu ne le fais pas à moitié. Tu engages toute ta vie dedans. »

Son rôle dépasse désormais l’encadrement sportif et intègre une forte dimension de management humain :

« Mon rôle, ce n’est pas de diriger. C’est d’aider chacun à comprendre par lui-même où il peut progresser. »

Julien Bontemps, champion du monde RS:X, médaille autour du cou lors de la cérémonie

Les Championnats du monde iQFOiL, nouveaux piliers de la saison

Créés en 2021, les Championnats du monde d’iQFOiL sont devenus l’objectif annuel majeur et la colonne vertébrale de la préparation olympique.
● 2021 – Silvaplana,
● 2022 – Brest,
● 2023 – La Haye,
● 2024 – Lanzarote,
● 2025 – Aarhus.

Dès la première édition, la France frappe fort :
Nicolas Goyard, champion du monde,
Hélène Noesmoen, championne du monde,
Louis Pignolet, 3e mondial U21.

« Aujourd’hui, un championnat du monde, c’est presque aussi dur qu’un Jeux. »

Chaque saison s’organise désormais autour de cette échéance mondiale.

Paris 2024 : le choc olympique

À Marseille, l’entrée du foil aux Jeux impose un cadre extrêmement rigide.

« Aux Jeux, tu t’adaptes au système, pas l’inverse. »

Les attentes françaises étaient immenses. Le résultat final ne répond pas aux espérances, mais nourrit une remise en question profonde.

« Le plus dur, ce n’est pas l’échec. C’est d’accepter de comprendre pourquoi ça n’a pas marché. »

Un sport devenu biomécanique

L’iQFOiL sollicite fortement le corps : dos, chaînes postérieures, proprioception, stabilité articulaire. L’entraînement repose désormais sur :
● l’équilibre musculaire,
● la récupération,
● la prévention des blessures.

« Aujourd’hui, si tu négliges ton corps, tu ne passes même pas la saison. »

À haute vitesse, les chocs sont violents. Le port du casque est systématique.

La préparation mentale, moteur invisible de la performance

À ce niveau, le mental est devenu décisif : visualisation, gestion du stress, concentration, maîtrise émotionnelle.

« Tu peux avoir le meilleur matériel du monde, si la tête décroche, c’est fini. »

Les départs sont systématiquement préparés en visualisation.

« Le départ, tu le réussis d’abord dans ta tête avant de le réussir sur l’eau. »

Départ de course en iQFOiL, discipline olympique encadrée par Julien Bontemps

Un collectif France construit sur la densité

Le projet tricolore repose sur un collectif élargi, favorisant l’émulation et la confrontation internationale avec l’Italie, la Hollande et la Grande-Bretagne.

Équipe de France masculine iQFOiL
Tom Arnoux, Clément Bourgeois, Nicolas Goyard, Adrien Mestre, Louis Pignolet, Yun Pouliquen.

« Aujourd’hui, il n’y a plus un seul leader. Il y a une équipe. »

Le stage intergénérationnel : faire dialoguer les générations pour élever le niveau

Dans la continuité de cette logique collective, Julien Bontemps, avec l’ensemble collectif des entraîneurs de l’équipe de France, a instauré un stage intergénérationnel, organisé chaque année, réunissant jeunes, espoirs et seniors, issus à la fois des pôles, des clubs et de l’équipe de France.

Ce rassemblement permet aux plus jeunes d’observer les meilleurs, de comprendre leurs réglages, leurs routines et leur gestion de la pression. Pour les seniors, c’est aussi une confrontation stimulante avec une jeunesse ambitieuse.

« Si les jeunes et les seniors ne se croisent jamais, chacun progresse dans son coin. Là, on crée des ponts. »

Ce stage est aussi un outil de formation des entraîneurs, favorisant l’harmonisation des méthodes entre clubs, pôles et équipe nationale.

Julien Bontemps et Irina Konstantinova-Bontemps lors d’une compétition de voile, figures du haut niveau olympique

Une trajectoire familiale d’exception : Irina, Julien et Malo

Irina Konstantinova-Bontemps, née à Sofia en 1976, a représenté la Bulgarie à quatre Jeux Olympiques consécutifs (2000, 2004, 2008, 2012). Elle atteint la 7e place mondiale en 2009, après une maternité, et reste fidèle au club de Lazur Varna sous le numéro BUL 14.

Cette exigence, Julien et Irina la transmettent aujourd’hui à leur fils Malo Bontemps, 15 ans, licencié au CNBPP, scolarisé en sport-études au lycée Grand Air de La Baule, le même établissement que son père à son âge. Il évolue en catégorie U17, en iQFOiL Youth et wingfoil.

En 2025 :
6e régional windsurf,
3e régional wing,
32e mondial iQFOiL Youth.

« Je ne veux pas qu’il brûle les étapes. Ce qui compte, c’est qu’il se construise. »

Los Angeles 2028 : un projet olympique sous haute contrainte

Le prochain cycle olympique conduit à Los Angeles 2028, avec de lourdes contraintes : coût de la vie, transport du matériel, stockage et logistique nautique.

« Là-bas, on est autour de 300 euros par jour et par personne. »

Contrairement à Marseille, la préparation devra être courte, ciblée et extrêmement précise. La lecture du plan d’eau californienvent thermique, clapot, courants – sera déterminante. Désormais, chaque championnat du monde annuel est une marche directe vers l’objectif olympique.

« Le foil est fait pour être vu. À Los Angeles, on va clairement entrer dans une autre dimension. »

Conclusion – L’héritage du vent

Julien Bontemps a connu la gloire, l’échec, la reconstruction, puis la transmission. Il a vu son sport quitter l’eau pour le ciel. Il a changé de rôle, mais pas de cap.

Aujourd’hui, il ne navigue plus pour lui, mais pour faire grandir une génération, structurer un projet collectif et préparer l’avenir olympique de la France. Et à travers ce projet, il transmet bien plus que des réglages ou des trajectoires : une culture de l’exigence, du travail et du dépassement de soi.

Tant qu’il y aura du vent, des jeunes à guider et des planches à faire décoller, Julien Bontemps restera là — non plus pour gagner, mais pour transmettre, inspirer et élever.

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